Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 23:47

Plus largement, qu’en est-il du visible, qu’il désigne ce que je vois comme ce que je conçois, visible sensible aussi bien que théorique. Pour S. Valdinoci, l’intuition portée vers les choses dans le monde, « l’intuition-de », est toujours déjà « intuition-dans ». « Ce qui est idéalisé, et donc vu, fût-ce dans un espace théorique, n’est que le dépôt ou l’alluvionnement spatiotemporel de ce dans quoi l’idéalisé est immergé »[1]. « L’intuition-dans » signe l’épaisseur du monde-de-vie de la pensée. Cette épaisseur ne désigne pas un arrière-fond, une transcendance derrière le visible. D’arrière-monde il n’y a pas. L’invisible n’est pas caché, il est à même le visible, bien que sans rapport à ce dernier. Le visible, quant à lui, est un moment articulatoire, un geste de l’invisible. Transsubstantier le visible, c’est déjà reconnaître que du réel invisible au visible il n’y a pas le passage d’une frontière, pas de différence quantitative, car les lois de l’espace et du temps sont hors-circuit. Le visible est plutôt ce que S. Valdinoci nomme une « différentielle qualitative d’un processus d’intégralisation ». A cet égard, il y a transsubstantiation dans le passage de l’ordre de la quantité dans l’ordre de la qualité. Si nous déclarions du visible qu’il est du réel amoindri ou que de l’invisible au visible il y a une réduction de puissance, un ralentissement ou une solidification de ce qui serait un magma faiblissant d’intensité afin qu’apparaisse quoi que ce soit dans la sphère de l’intuition, nous serions encore dans une approche quantitative. Schopenhauer, déjà, repoussait le concept de force au profit du concept de volonté, déclarant que le premier a pour base la représentation, qu’il est tiré de l’expérience et qu’il ne permet pas de dépasser celle-ci[2]. Pour lui, il est nécessaire de disposer d’un concept qui vienne du fond même, qui procède du seul réel, adéquat au domaine où « le connaissant et le connu coïncident »[3]. De même S. Valdinoci oblige-t-il, rigoureusement, le discours europanalytique à une tenue qui cohère avec la portée réelle qu’est la sienne. L’ordre de la qualité est donc le seul qui convienne, le texte fût-il rendu plus exigeant.



[1] S. VALDINOCI, La Traversée de l’immanence, p. 72.

 

[2] Le Monde, § 22.

[3] Ibid.

Par Christophe Samarsky - Publié dans : Conversion - Communauté : mémoire et écritures
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