Mercredi 20 juillet 2011 3 20 /07 /Juil /2011 23:55

Revenons à la généanalyse et à sa structure en zigzag travaillant dans l’immédiateté de l’identité. Evoquant la mort à soi de la pensée, sa versée en interne ou sa conversion, nous élucidons un premier moment du zigzag. Le zig, qui serait la posture philosophique de la pensée, bascule en zag comme autosacrifice de la pensée, entrée en immanence ou internalisation. Ce premier moment, S. Valdinoci le nomme également Hebung, c’est-à-dire une levée en interne, ou l’action de porter en-. La pensée, en vertu de la Hebung, est en-position. En immanence, les repères spatio-temporels sont inopérants. Aussi voyons-nous que la versée du zig en zag est identiquement une levée, le porter de la Hebung.

Le zigzag est continûment en acte. Aussi, un second zigzag « succède » au premier dans une logique, un mouvement clinique, la clinique étant « le ressort du zigzag et de la continuation du zigzag en zigzags »[1]. L’anaklitos qui articule le premier zigzag en un second zig effectue, en tant que second moment, une Aushebung. Le port de la Hebung se porte, ausheben signifiant littéralement « s’ôter en creusant ». Moment de creusement ou de positif effondrement qui incline en profondeur l’en-position première[2].  A la première torsion sur soi du zigzag, la seconde torsion ou rétorsion ne prélève rien, et elle-même ne se prélève pas sur le premier moment du zigzag et ne prend pas appui sur lui. Elle s’enlève plutôt, s’en-lève, s’emporte en le milieu impressionnel, en interne.



[1] L’europanalyse, une pensée analytique et continentale, p. 35.

[2] Nous sommes dans un autre domaine que la dialectique hegelienne où l’Aufhebung, le moment de l’antithèse, reprend en la dépassant la situation première, tout en annonçant la sursomption de la synthèse.

Par Christophe Samarsky - Publié dans : Conversion - Communauté : mémoire et écritures
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Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 23:41

Nous ne préciserons pas davantage la structure interne du zigzag, nous contentant de revenir aux individualités endoceptives. Indifférentes aux représentations conceptuelles, elles participent du concept généralisé de fondation qu’est la transsubstantiation, elles sont, dans cette traversée de la chair même de l’immanence, un « prendre vie absolu »[1]. En tant que telles, elles naissent de ce que S. Valdinoci nomme la « genèse réelle » ou généanalyse. Appartenant à la structure générale du zigzag, les êtres endoceptifs s’y distinguent entre eux par des seuils, des moments articulant le zigzag[2]. Pour simplifier, de la généanalyse naît l’enfant endoceptif qui est lui-même le père de l’homme perceptif.

Ainsi, la transsubstantiation est fondamentalement une autoanalyse continuée de la pensée europe par elle-même. Du point de vue de l’homme en culture, elle est toujours déjà accomplie. Cela dit, elle rend possible la réinsertion de ma pensée dans le monde-de-vie (Lebenswelt) de la pensée, ou le basculement de la sphère Europe philosophique (et son autoanalyse) au sein du noyau réel européen, celle-là étant toujours seconde, en retard, par rapport à celui-ci. Aussi, préliminairement, est-il nécessaire que la pensée meure quant à son statut d’Europe et qu’elle passe à la stature vraie originaire qu’elle est en immanence. Il s’agit d’une épuration, d’une réduction au sens phénoménologique, d’une conversion. Cette expérience de la pensée est une expérience mystique. Pourtant, il n’est pas question pour elle de se mettre en chemin, en quête du réel. La pensée se doit d’être en posture passive, et de laisser le geste de l’invisible l’emporter, la traverser de part en part et de ce fait la changer, la transsubstantier.



[1] S. VALDINOCI, La Traversée de l’immanence, p. 95.

[2] La question des seuils endoceptifs est développée dans Vers une méthode d’europanalyse.

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Mercredi 13 juillet 2011 3 13 /07 /Juil /2011 00:16

D’autre part, la naissance est une clinique. Le concept de clinique (ou endoconcept plus précisément puisqu’il a trait au réel même) caractérise la structure même de l’invention. La clinique (anaklitos) est, littéralement, un renversement en arrière. En europanalyse, c’est le concept transformé, transsubstantié, de clinamen qui, en tant que déclinaison spontanée des atomes dans leur chute, permet l’existence des corps, l’apparition d’un cosmos. Aussi, à propos de clinique, S. Valdinoci fait appel à la médecine et à la psychiatrie, au contact intersubjectif du patient et du praticien, rappelant que, avant toute sensibilité d’organe qui est celle du rapport, de l’étude d’autrui en position clinique, il y a une sensibilité générale ou aisthesis, l’ambiance où, en deçà du contact intersubjectif, s’éprouve le phénomène de tact intrasubjectif. La clinique, alors généralisée, serait la loi selon laquelle est structuré (l’angle du clinamen) le domaine tactuel interne, immanent (aisthesis).

L’immanence est vive, et son dynamisme est découvert par l’europanalyse comme une torsion sur soi, un ploiement en épaisseur[1], que S. Valdinoci théorise comme zigzag[2]. Le zigzag est structuré comme anaklitos. Il désigne un trajet interne, une transduction en immanence ou induction (duction dans). « La clinique, écrit S. Valdinoci, se décline à même les choses elles-mêmes formant zigzag »[3], elle est le « part-en-part » du zigzag[4]. Autrement dit, le zigzag est un « mouvement » ou un geste de creusement, de renversement, dans un basculement en abîme qui est identiquement une autoanalyse, une libération foisonnante de l’identité elle-même[5].



[1] Une épaisseur réelle, non spatiale.

[2] Husserl, déjà, s’agissant de la compréhension des commencements, évoque le zigzag comme méthode adéquate, comme solution (Krisis, TEL Gallimard, p. 68).

[3] S. VALDINOCI, La Traversée de l’immanence, p. 162.

[4] Ibid., page 243.

[5] On retrouve l’endoception qui est une autosaisie « comme multiple dans l’un, le tout en in » (S. VALDINOCI, L’Europanalyse et les structures d’une autre vie, p. 33)

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Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 00:03

En interne (entendant europanalytiquement l’interne comme l’immanence, le donné réel d’europe[1], et non l’intériorité), la connaissance, qui est dite « vive », et la co-naissance s’unifient, elles cohèrent de manière infrangible. Réellement, connaître et naître, penser et vivre, sont un. Concrètement, de quoi ou de qui la naissance vive se dit-elle. Elle n’est pas une naissance des concepts ou des humains. La Traversée de l’immanence précise qu’il s’agit de la naissance d’une « individualité vive au réel » (p. 276), ou « d’êtres endoceptifs » (p. 96). Cette naissance est « une clinique […] fondant le soi réel et vif » (p. 277).

Ces expressions ont la densité du style valdinocien, tentons d’en expliciter quelques éléments. Tout d’abord, l’endoception est un concept europanalytique théorisé très tôt[2] qui transforme celui de perception. Le préfixe « per » de perception marque une relation externe sujet / objet, ressortissant à l’esthétique, alors que l’endon désigne l’interne de l’immanence : l’endoception est un saisir (captio) interne, une préhension dans la demeure de l’Un, ou plus précisément de l’In, où il n’y a pas d’humain, où toute relation d’un sujet à un objet est caduque, domaine sans perspective aucune (à la sphère de l’esthétique se substitue alors celle de l’esthésique). L’immanence est littéralement im-mense, hors dimensions, et au sein de la sorte d’immensité sidérale qu’elle serait aussi existe une pensée captatrice d’atmosphère, une marée autosaisissante sensible de l’endocept, qui est « la matrice nocturne de l’océan »[3]. Vaste éprouvé interne que l’europanalyse à son commencement, faisant écho à la psychiatrie phénoménologique, exprime en termes de Stimmung, d’ambiance, domaine également appelé, radicalisant alors Merleau-Ponty, géométral : domaine sans fond, sans horizon qui liquide les perspectives et lignes de fuite au profit (si ce terme convenait) de lignes de perte en effondrement positif, formant un réseau de disparitions, un « monument du vécu »[4] immanent.



[1] L’europe interne est la pensée vive, ou monde-de-vie de la pensée, le « principe des principes » husserlien (cf. Ideen I, § 24).

[2] Voir Krisis 2, pp. 71 à 73.

[3] S. VALDINOCI, L’Europanalyse et les structures d’une autre vie, L’Harmattan, 2001, p. 276.

[4]S. VALDINOCI, Krisis 2, p. 46.

Par Christophe Samarsky - Publié dans : Conversion - Communauté : mémoire et écritures
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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 16:09

La transsubstantiation, en tant qu’elle se dit de l’immanence, est un « mouvement » hors espace-temps, qualitatif, irréfléchi, qui induit un changement d’ordre, en immédiateté, une traversée[1]. Elle est une dynamique d’ordre réel, que S. Valdinoci substitue au concept de fondement. Ce dernier devient alors un cas particulier, comme une précipitation (au sens chimique) de la transsubstantiation. La solidité du fondement (fundare) laisse place au geste de la versée (fundere). La fondation est aussi katabolê, injection de la semence ou engendrement. Aussi, dans l’immanence, la transsubstantiation de la pensée ne donne pas à connaître quelque objet extérieur, mais elle « donne à naître par autoaccouchement de soi »[2].



[1] Ibid., p. 95 : « Elle est la tra-versée d’une substance, de manière à ce que la nature de celle-ci verse dans une autre ».

[2] Ibid., p. 127.

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