Jeudi 30 juin 2011
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Le domaine d’immanence que la philosophie de Michel Henry a rendu à son autonomie,
l’europanalyse en est l’exploration et la méthode. L’europe est le continent de pensée que l’Europe philosophique a oublié, qu’elle dénie mais qu’elle requiert sans cesse comme sa fondation
réelle. Dans l’immanence, qui n’est pas la sphère du transcendantal, la pensée est équivalente au réel. Œuvrant dans l’immanence, la
pensée est par essence invention, elle est une pensée vive. L’invention de pensée est une autoanalyse mystique, entendant l’analyse
(analyo = libérer) comme libération, différenciation, efflorescence interne, profusion de soi. La pensée invente la chose même qui n’est pas distincte d’elle dans son jaillissement. En vertu de
ce nouveau régime de pensée (nouveau pour la philosophie), connaître est co-naître. Dans La Traversée de
l’immanence, Serge Valdinoci précisera qu’ « au sens absolu, connaître présuppose une naissance à un vrai soi, immanent ». L’europanalyse théorise la méthode de connaissance comme invention
de soi, ou comme naissance. Telle connaissance implique une transsubstantiation comme méthode. Si la transsubstantiation désigne l’autoanalyse originaire de la pensée europe par elle-même, elle
permet la bascule de la pensée Europe philosophique dans l’immanence, sa conversion, ou plus précisément son inversion. Elle élucide enfin l’instance transhumaine qui réponde au
réel.
Par Christophe Samarsky
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Dimanche 26 juin 2011
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« La conversion au sein même de la douleur et par son œuvre propre, par l’effet de sa
nature, de cette douleur en l’ivresse de la profusion » advient au cœur de l’immanence et rend possible, indépendamment de
nous, notre conversion qui est, pour Michel Henry, une seconde naissance. Elle est d’abord un bouleversement pour la vie elle-même, une mutation pour l’ego qui doit surmonter l’oubli de la Vie
dans lequel il persiste. Vaincre l’oubli est renaître. Vaincre l’oubli est accéder à une connaissance à laquelle, sise en l’immanence, seule la vie conduit. La mutation de l’ego, sa conversion,
le voit se changer en la Vie de l’absolu lui-même. En ce bouleversement, la vie éprouve son fond qu’est son essence
propre, et s’éprouve comme identique à ce fond dans une « émotion sans limite » où, ayant surmonté dans l’oubli
de soi l’oubli de la vie et s’étant entièrement confié à elle, elle s’ouvre à Sa puissance. Puissance en œuvre chez l’artiste, Von Briesen ou Kandinsky auxquels s’est intéressé Henry, en œuvre
dans la contemplation et qu’éprouve le narrateur de L’Amour les yeux fermés, en œuvre
en la pratique religieuse, laissant la vie s’accomplir en soi comme la vie même de Dieu. La condition humaine se dit alors de la relation intérieure de chacun avec la Vie. En tant que fils, et en
vertu de cette condition nouvelle, des actions découlant de son origine divine s’imposent, se faisant alors l’écho du souffle en chacun du procès de la vie, de son auto-engendrement,
accomplissant ce que le christianisme nomme la volonté du Père. Cela dit, si la conversion est « une auto-transformation de la vie selon ses lois et sa structure propre », Michel Henry laisse celles-ci inélucidées.
Par Christophe Samarsky
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Jeudi 23 juin 2011
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L’inversion du courant de l’Euripe est l’image du passage de la souffrance en la joie,
passage où chacune des tonalités demeure en l’autre comme sa propre substance, sa condition. « La loi fondamentale de l’inversion de la souffrance dans la joie » constitue la temporalité, l’historial de la vie. Une temporalité où
rien de ce qui constitue la vie tomberait sans cesse dans un passé en-dehors d’elle, où rien non plus ne la précède. La temporalité de la vie est « réversible », c’est dans la réversibilité du souffrir et du jouir que sans fin
s’éprouve la vie, toujours accrue. L’inversion est à la fois le changement et la demeure. Le changement où se convertissent souffrance et joie l’une en l’autre, la demeure de
ce qui vient, de ce qui se verse en soi (in-verser = verser dans) sans quitter son étreinte à soi. Cette inversion, cette venue est identiquement une naissance. La souffrance et la joie naissent
l’une à partir de l’autre, et leur incessant devenir est aussi l’auto-engendrement de la vie.
L’eau de l’Euripe est toujours elle-même et toujours nouvelle.
Par Christophe Samarsky
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Lundi 20 juin 2011
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Pour Michel Henry, la Volonté n’est qu’un nom pour la vie. La conversion du sujet humain est réalisée à l’occasion du
bouleversement où, dans la révélation à soi, se convertit la Volonté. Telle conversion est possible car la vie est l’éternel mouvement par lequel la souffrance en elle-même et par elle-même se
convertit dans la joie. Il est impossible à la vie de sortir de soi, et le fait d’être rivé à soi de manière infrangible est la souffrance. D’autre part, tout en ne se quittant pas, sans cesse
elle déborde, dans une profusion d’elle-même qui est jouissance. Joie et souffrance sont consubstantielles à l’absolu, elles sont unes en lui. Cette unité ne désigne pas l’unification de deux réalités séparées
d’abord qui viendraient se lier ensuite, ou qu’on voudrait arbitrairement unir. En l’immanence de la vie, « qu’elle soit comprise ou non par la pensée » (EM, p.832), telle
unité est celle de l’être lui-même, rivé à soi, s’éprouvant effectivement dans la souffrance et la joie, uniment. Que ces tonalités phénoménologiques fondamentales résident dans la parfaite
inhérence de l’une à l’autre rend possible quelque chose comme un passage de l’une à l’autre, une oscillation, une transformation. La conversion de l’une en l’autre est ce que Henry nomme
« l’historial de l’absolu ». Faisant écho au vers d’Apollinaire, Henry écrit que la vie « est variable, comme l’Euripe, de
telle façon cependant qu’au travers de ses variations elle ne cesse d’être la Vie, (…) la même Vie ». La vie ne cesse de venir
en soi, changeante et toujours la même, absolument.
Par Christophe Samarsky
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Jeudi 16 juin 2011
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La conversion où la Volonté se révèle à elle-même nous révèle l’arcane de la vie dans la
souffrance. « Le fondement de ces conversions capables de transformer l’homme tout entier » (Suppl. §68) est une immense souffrance, comparable à celle de l’homme montant à l’échafaud.
« Comme la fusion d'un métal s'annonce par un éclair, ainsi la flamme purificatrice de la douleur produit en lui la fulguration d'une volonté qui s'évanouit, c'est-à-dire de la délivrance.
Nous voyons même les plus grands scélérats, purifiés par les plus profondes souffrances, s'élever jusque-là ; ils deviennent tout autres, ils se convertissent » (§68).
Par Christophe Samarsky
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