Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 23:10

D’autre part, « la différenciation intégralisante suit des ordres de généralité de plus en plus puissants. Si bien que les individus empiriques, auxquels les biologistes parviennent, sont selon nous un ordre de généralité faible, mais cette fois-ci en regard de l’essence immanente de l’homme »[1]. Remarquons la notion de variation de puissance qualitative. La sphère empirique, celle de l’homme culturel, du visible, est qualitativement faible relativement à l’aisthesis générale, à l’immanence, bien que relevant, s’enracinant en celle-ci. L’intuition, comprise comme identité de l’intuition-de et de l’intuition-dans, celle-là étant immergée dans celle-ci, est une « enveloppe d’identité »[2]. En elle est l’intégralisation, l’unification première au sens où il ne s’agit pas d’unifier dans un enveloppement fabriqué une unité d’identités séparées[3].  L’intégralisation est une ouverture absolue, où le visible est une résonnance lointaine du mouvement vif, de l’accélération qualitative générale et abyssale de l’immanence. Ainsi, en vertu de cette exigence de grande unification[4], de ce qui serait un monisme radical, transsubstantier le visible en invisible n’est pas une manière de fermer les yeux, de faire tomber la nuit en plein jour, mais de replacer le visible dans les profondeurs d’invisible dont il est partie prenante, de s’avancer dans un jour épaissi par la nuit qui est sa chair même[5].



[1] Vers une méthode d’europanalyse, p. 130.

[2] Ibid., p. 252.

[3] Voir La Science première, p. 42.

[4] Voir La Traversée de l’immanence, p. 311.

[5] « Le visible est un mode d’autosaturation de l’invisible », cours du 7/ 11/2000.

Par Christophe Samarsky - Publié dans : Conversion - Communauté : mémoire et écritures
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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 21:35

Le visible est une « différentielle qualitative d’un processus d’intégralisation ». Précisons. L’intégralisation est la méthode de l’invention. Elle est l’ensemble du processus que nous avons reconnu comme zigzag, la progression dans la triade Hebung / Aushebung / Erhebung. D’autre part, elle est une « différenciation continuée »[1]. L’europanalyse transforme ici le concept biologique de différenciation. Il ne s’agit plus d’une différenciation de cellules ou d’organes, d’un assemblage s’intégralisant en individu. La différenciation europanalytique est qualitative. Elle n’est pas de l’ordre de la division ou de la coupure, mais analyse libératoire, productrice et constructive. Aussi, l’intégralisation se distingue de l’intégration qui est une totalisation, une unification synthétique. Alors que la synthèse suppose une séparation préalable de parties qu’elle engloberait ensuite en un ensemble qui les organise, les ajuste et les unifie, il n’y a pas, dans l’immanence, de rapport de contenu à contenant, mais traversée du réel par le réel. Egalement, l’analyse pure, sans séparation spatialisante, suppose l’équation de l’Un et du Multiple[2]. Par ailleurs, les différenciations sont aussi des différentielles. Dans la structure du zigzag, chaque zig, chaque zag, également la Hebung et l’Aushebung sont des différentielles. L’intégralisation est, disons-le à nouveau, la progression dans cette structure.



[1] S. VALDINOCI, La Science première, p. 343.

[2] Voir S. VALDINOCI Vers une méthode d’europanalyse, p. 244. 

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 23:47

Plus largement, qu’en est-il du visible, qu’il désigne ce que je vois comme ce que je conçois, visible sensible aussi bien que théorique. Pour S. Valdinoci, l’intuition portée vers les choses dans le monde, « l’intuition-de », est toujours déjà « intuition-dans ». « Ce qui est idéalisé, et donc vu, fût-ce dans un espace théorique, n’est que le dépôt ou l’alluvionnement spatiotemporel de ce dans quoi l’idéalisé est immergé »[1]. « L’intuition-dans » signe l’épaisseur du monde-de-vie de la pensée. Cette épaisseur ne désigne pas un arrière-fond, une transcendance derrière le visible. D’arrière-monde il n’y a pas. L’invisible n’est pas caché, il est à même le visible, bien que sans rapport à ce dernier. Le visible, quant à lui, est un moment articulatoire, un geste de l’invisible. Transsubstantier le visible, c’est déjà reconnaître que du réel invisible au visible il n’y a pas le passage d’une frontière, pas de différence quantitative, car les lois de l’espace et du temps sont hors-circuit. Le visible est plutôt ce que S. Valdinoci nomme une « différentielle qualitative d’un processus d’intégralisation ». A cet égard, il y a transsubstantiation dans le passage de l’ordre de la quantité dans l’ordre de la qualité. Si nous déclarions du visible qu’il est du réel amoindri ou que de l’invisible au visible il y a une réduction de puissance, un ralentissement ou une solidification de ce qui serait un magma faiblissant d’intensité afin qu’apparaisse quoi que ce soit dans la sphère de l’intuition, nous serions encore dans une approche quantitative. Schopenhauer, déjà, repoussait le concept de force au profit du concept de volonté, déclarant que le premier a pour base la représentation, qu’il est tiré de l’expérience et qu’il ne permet pas de dépasser celle-ci[2]. Pour lui, il est nécessaire de disposer d’un concept qui vienne du fond même, qui procède du seul réel, adéquat au domaine où « le connaissant et le connu coïncident »[3]. De même S. Valdinoci oblige-t-il, rigoureusement, le discours europanalytique à une tenue qui cohère avec la portée réelle qu’est la sienne. L’ordre de la qualité est donc le seul qui convienne, le texte fût-il rendu plus exigeant.



[1] S. VALDINOCI, La Traversée de l’immanence, p. 72.

 

[2] Le Monde, § 22.

[3] Ibid.

Par Christophe Samarsky - Publié dans : Conversion - Communauté : mémoire et écritures
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Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 00:24

En suivant la méthode europanalytique, considérons trois domaines où s’exerce la transsubstantiation, trois domaines qui reçoivent depuis le fonds de l’immanence la possibilité d’être partie prenante d’elle-même, c’est-à-dire de recevoir d’elle leur demeure réelle. Considérons la pratique textuelle, la représentation et l’humain.

Pour S. Valdinoci, il existe au cœur du texte philosophique ce qu’il nomme une « donne de pensée » qui s’éprouve comme une résistance à même le texte. Cette épreuve nécessite que nous-mêmes fassions disparaître notre éclairage, et notre approche du texte se doit d’obéir à une passivité devant ce qui serait une racine immanente du texte. Alors est rendue possible l’analyse, la libération de ce qu’il nomme également « l’encart » dans le texte apparent. L’analyse, rappelons-le, n’est pas une manière de procéder par division d’éléments, il ne s’agit pas de démonter la machine textuelle pour y trouver le moteur ou le moyeu. La pratique europanalytique n’agit pas au plan linguistique ou empirique, ni depuis un recul transcendantal par rapport à l’esthétique empirique. Pour S. Valdinoci, la sphère transcendantale est locale au regard du réel. L’europanalyse envisage le texte philosophique depuis, non plus la localité transcendantale qu’elle élimine, mais la généralité endoceptive de l’aisthesis. La critique europanalytique, ou endocritique, serait une pierre de touche qui révèle comme la teneur en réel du texte. Cette épreuve du texte où profondément s’éprouve, immédiatement, la « donne de pensée » vive, opère la conversion du texte, ou plus exactement son inversion, sa versée dans l’interne[1]. D’autre part, précisons que l’inversion n’est pas un résultat à obtenir, mais la répercussion au plan textuel d’un mouvement qui précède l’émergence des matérialités locales, qu’elles soient conceptuelles, linguistiques, scripturales, mouvement qui, les portant, les emporte. C’est à l’occasion de l’inversion du texte que l’exigence europanalytique pratique l’analyse mystique de la pensée Europe, analyse rendue possible par l’autoanalyse continuée de la pensée europe.



[1] L’europanalyse utilise fréquemment le préfixe in- au sens de « dans », en en gardant à l’esprit le caractère non spatial.

Par Christophe Samarsky - Publié dans : Conversion - Communauté : mémoire et écritures
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Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 21:53

Enfin, en un troisième moment, la déportation (Aushebung) se reporte et vient alourdir le port de la Hebung. Cette opération est une Erhebung ou insurrection (surrection dans). Cette nouvelle articulation dans le second zigzag, ce report, est l’entrée dans une nouvelle puissance de réel, que S. Valdinoci désigne comme « puissantialisation », car en interne la puissance est toujours en acte, invention perpétuelle et continuée. Aussi pourrions-nous dire que le port de la Hebung est plus loin en immanence, il est épaissi, si ces propriétés pouvaient être prises, entendues en un sens non quantitatif. Cependant, si la description fait de l’Erhebung le dernier moment de la structure généanalytique du zigzag, dans l’ordre du réel l’Erhebung précède la Hebung et l’Aushebung. Elle est l’identité en profondeur de celles-ci, « l’aspiration (Hebung) et l’expiration (Aushebung) respirant au cœur de l’inspiration inventive (Erhebung) »[1]. Enfin, l’invention se perpétue, toujours nouvelle, à une puissance elle-même renouvelée. C’est pourquoi les trois phases de la triade (Hebung, Aushebung, Erhebung) s’opèrent dans une Hebung elle-même généralisée, et ainsi de suite. Telle est la structure de l’invention de pensée, de sa genèse ou généanalyse.



[1] L’europanalyse, une pensée analytique et continentale, p. 2.

 

Par Christophe Samarsky - Publié dans : Conversion - Communauté : mémoire et écritures
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